Le record est toujours debout
Libellés : Lucien de Samosate, Montaigne, Sénèque
Etymologie, linguistique diachronique et comparative (indo-européen), analyse textuelle et littéraire, traduction
Libellés : Lucien de Samosate, Montaigne, Sénèque
Libellés : Dion Cassius, Montaigne, Néron, Pythias, Tacite, Tigellinus, Wikipédia
Libellés : Cornelius Gallus, Montaigne, Tristram Shandy

01 on attendrait euſt et deuſt.
02 Jean II de Bretagne (1239-1305).
03 eu notant [y], cf. veu, cheute, eſgrafigneure.
04 c’est « de » et non « par » qui introduit le complément d’agent, cf. menaſſé de la cheute, aſſommé d’un toict.
05 « foule, cohue », 1er sens du mot, attesté dès la Chanson de Roland.
06 Clément V (Bertrand de Got, v.1264-1314, archevêque de Bordeaux, natif de Villan-draut, non loin de Montaigne).
07 le 14 novembre 1305. “Who would ever have imagined that a Duke of Brittanie ſhould have beene ſtifled to death in a throng of people, as whilome was a neighbour of mine at Lyons, when Pope Clement made his entrance there?” Florio n’a pas bien compris la phrase.
08 début de la prosopopée, quelques lignes plus haut : « D’auantage, pauure fol que tu es, qui t’a eſtably les termes de ta vie? » [d’avantage : « en outre, de surcroît »].
09 Henri II, mort le 10 juillet 1559, des suites d’une blessure accidentelle reçue le 30 juin au cours d’une joute.
10 « N’as-tu pas vu un de nos rois se faire tuer alors qu’il se distrayait ? »
11 Philippe de France (1116-1131), fils aîné de Louis VI le Gros et d’Adèle de Savoie ; alors que le dauphin se déplaçait à cheval, un pourceau errant effraya sa monture qui se cabra et désarçonna le cavalier, qui mourut des suites de sa chute. A la suite de cet inci-dent, seuls les cochons (reconnaissables à la clochette autour de leur cou et à l’entaille de leur oreille) appartenant à l’ordre des hospitaliers de saint Antoine furent autorisés à vaguer dans les rues de Paris.
12 situation paradoxale : la négation proprement dite placée en tête de la proposition interrogative est effacée, alors que son renforcement (pas) est maintenu.
13 « heurté, bousculé, renversé ».
14 on attendrait Æſchylus (Αἴσχυλος). En I, XXVIII (1595), De l’Amitié :
« le poëte Aiſchylus ».
15 on attendrait a.
16 italien all’erta « sur ses gardes, sur le qui-vive » (1ère attestation en français chez Rabelais, dans le Quart Livre).
17 « carapace ».
18 le genre grammatical du mot « aigle » a été longtemps hésitant ; le latin ăquĭla est féminin, l’italien aquila et l’espagnol águila aussi.
19 légende rapportée par Valère-Maxime, IX, XII.
20 Anacréon (Pline, VII, 44 : acino uuæ passæ, d’un grain — ou d’un pépin — de raisin sec).
21 « mourut à cause d’un grain de raisin, étouffé par un grain de raisin ».
Libellés : Cornelius Gallus, égraffignure, égrafignure, Montaigne
J’ay veu de mon temps merveilles en l’indiscrete et prodigieuse facilité des peuples à se laisser mener et manier la creance et l’esperance où il a pleu et servy à leurs chefs, par-dessus cent mescontes les uns sur les autres, par-dessus les fantosmes et les songes. Je m’estonne plus de ceux que les singeries d’Apollonius et de Mehumet enbufflarent. Leur sens et entandement est entièrement estouffé en leur passion. Leur discretion n’a plus d’autre chois que ce qui leur rit et qui conforte leur cause. J’avoy remarqué souverainement cela au premier de nos partis fiebvreux. Cet autre qui est nay depuis, en l’imitant, le surmonte. Par où je m’advise que c’est une qualité inseparable des erreurs populaires. Après la première qui part, les opinions s’entrepoussent suivant le vent comme les flots. On n’est pas du corps si on s’en peut desdire, si on ne vague le trein commun. Mais certes on faict tort aux partis justes quand on les veut secourir de fourbes. J’y ay tousjours contredict. Ce moyen ne porte qu’envers les testes malades ; envers les saines il y a des voyes plus seures, et non seulement plus honnestes, à maintenir les courages et excuser les accidents contraires.
Montaigne, III, X : De mesnager sa volonté.
Texte cité d’après celui d’Albert Thibaudet et Maurice Rat,
éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1962, p. 991.
Libellés : embufflèrent, enbufflarent, Montaigne, Tallemant des Réaux
1o) l’adjectif pætus « qui regarde de côté, qui louche un peu [pæta était une épithète de Vénus ; allusion à des coups d’œil furtifs, à des regards coulés tendrement] » (Gaffiot, 1934, qui écrit Pétus Cæcina, au prix d’une incohérence graphique) ; “having leering eyes, with a cast in the eyes, blinking or winking with the eyes, blinkeyed; esp. as an epithet of Venus, prettily leering, with a pretty cast in her eyes, prettily blinking: paetus, μυὼψ τοῖς ὄμμασιν, Gloss. Philox.” (Lewis & Short), où μυώψ « qui cligne les yeux pour mieux voir,
myope » (Bailly) — Incidemment, on constate des divergences entre Liddell-Scott-Jones et Bailly sur des questions d’accentuation, celui-ci distinguant μύωψ « taon » et μυώψ
« qui cligne les yeux pour mieux voir », celui-là ne connaissant que μύωψ dans toutes les acceptions.
2o) le témoignage du grec, dans l’épisode rapporté par Dion Cassius (LX, 16) [historien qu’une notice du musée du Louvre, consacrée au groupe statuaire Arria et Paetus de la cour Marly, met au nombre des auteurs latins]:
« Ἰδού, Παῖτε, οὐκ ἀλγῶ » (Tiens/Vois, Paetus, je n’ai pas mal).
Peut-être la déformation constatée sur Paetus résulte-t-elle d’une hypercorrection ou est-elle due au recours à une ligature, « æ » (U+00E6), parfois difficile à distinguer, dans certaines fontes et surtout en italiques, d’une autre ligature : « œ » (U+0153). Si le lecteur λ lisait ou croyait lire Pœte, il écrivait à son tour Poete.
En voici deux cas patents. Le latin cēterī « tous ceux qui restent, tous les autres », masculin, a une forme correspondante au neutre, cētera ; à côté de et cetera (notre
« etc. »), apparaissent successivement une graphie (hypercorrecte ?) et caetera / et cætera, puis et coetera / et cœtera.
« — Et coetera punctum ! fit Mistigris en contrefaisant la voix de jeune coq enroué qui rendait le discours d’Oscar encore plus ridicule, car le pauvre enfant se trouvait dans la période où la barbe pousse, où la voix prend son caractère. » Balzac, Un début dans la vie (édition Furne, p. 476; Furne donne constamment oe pour ae).
Bien mieux:
« ET COETERA. Locution empruntée du latin. Et le reste. Il s’emploie quand on charge le lecteur de compléter lui-même une énumération ou une phrase inachevée. On l’abrège en Etc. Il y a dans son laboratoire toutes sortes d’ustensiles, des fourneaux, des cornues, des creusets, etc. Vous savez le proverbe : Quand chacun fait son métier, etc.
Substantivement, Le reste de la phrase n’est exprimé que par un et coetera. Mettre trois et coetera de suite. »
Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition (1932-5), t.I, p. 496
Autre cas : le latin fētus, -ūs (apparenté à fēcundus) « grossesse, portée, action de mettre bas ; et par métonymie « petit (d’un animal) » par opposition à partus » (Ernout-Meillet) [un dérivé non-littéraire *fētōnem est à l’origine de notre « faon »] s’écrit en latin tardif foetus / fœtus. Nous en sommes toujours là ; comme de juste, la prononciation est [fẹtys] (avec U+1EB9) et non [føtys] (avec U+00F8).
Les considérations qui précèdent peuvent aider à goûter l’extrait que voici :
Il faut n’avoir ignoré aucun des excellents malheurs du jeune âge, il faut avoir grimpé sur toutes les Chimères aux doubles ailes blanches qui offrent leur croupe féminine à de brûlantes imaginations, pour comprendre le supplice auquel Gaston de Nueil fut en proie quand il supposa son premier ultimatum entre les mains de madame de Beauséant. Il voyait la vicomtesse froide, rieuse et plaisantant de l’amour comme les êtres qui n’y croient plus. Il aurait voulu reprendre sa lettre, il la trouvait absurde, il lui venait dans l’esprit mille et une idées infiniment meilleures, ou qui eussent été plus touchantes que ses froides phrases, ses maudites phrases alambiquées, sophistiques, prétentieuses, mais heureusement assez mal ponctuées et fort bien écrites de travers. Il essayait de ne pas penser, de ne pas sentir ; mais il pensait, il sentait et souffrait. S’il avait eu trente ans, il se serait enivré ; mais ce jeune homme encore naïf ne connaissait ni les ressources de l’opium, ni les expédients de l’extrême civilisation. Il n’avait pas là, près de lui, un de ces bons amis de Paris, qui savent si bien vous dire : — Poète, non dolet ! en vous tendant une bouteille de vin de Champagne, ou vous entraînent à une orgie pour vous adoucir les douleurs de l’incertitude. Excellents amis, toujours ruinés lorsque vous êtes riche, toujours aux Eaux quand vous les cherchez, ayant toujours perdu leur dernier louis au jeu quand vous leur en demandez un, mais ayant toujours un mauvais cheval à vous vendre ; au demeurant, les meilleurs enfants de la terre, et toujours prêts à s’embarquer avec vous pour descendre une de ces pentes rapides sur lesquelles se dépensent le temps, l’âme et la vie !
Balzac, La Femme abandonnée
Voici maintenant un exemple de détournement de la citation de Pline, moins souriant que le « péter ne fait pas mal » de Marcel Pagnol ou l’inadvertance du site insecula.com :
« Poetus, ne souffre pas ».
Deux mois après la diffusion du prospectus publicitaire de l’Encyclopédie, Diderot voit son entreprise attaquée dans le Journal de Trévoux (appellation usuelle des Mémoires pour l’Histoire des Sciences et des Beaux-Arts, 1701-1767) par Guillaume François Berthier, SJ [1704-1782], directeur de la publication pendant 17 ans (voir la Relation de la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite Berthier, de Voltaire, publiée en 1759). Dans sa 1ère lettre à son détracteur, Diderot met en épigraphe Paete, non dolet (vu la situation : « cela ne me fait ni chaud, ni froid ») et, devant la réaction du destinataire, lui adresse une seconde missive :
Perge, sequar. Ænéïd.
Je doute, mon R.P., par le trouble qui règne au commencement de votre réponse si je suis heureux ou malheureux en épigraphes : j’avais simplement voulu vous annoncer que ma lettre ne vous ferait point de mal ; & j’ai bien peur de m’être trompé : vous parlez de santé, comme si mes compliments vous donnaient la fièvre : du reste, quand je voudrais bien vous regarder comme un bon seigneur romain, je n’en serais pas plus disposé à jouer avec vous le rôle de la dame Arria. […]
La nouvelle citation (IV, 114), étant donné les relations entre les correspondants, a l’allure d’un défi :
« Continue, je te suivrai. »
Avec des exemples aussi réussis, on en vient à être surpris que l’emploi métaphorique de « détournement » ne soit pas attesté avant le début du XXe siècle (« Cette sorte de détournement prolétarien de la révolution bourgeoise » Jaurès, Et. soc., 1901, p. xxi ; cité par le Trésor de la Langue Française informatisé).
Remarque:
Balzac, La Comédie humaine, nrf/Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t.II (1976), édition publiée sous la direction de Pierre-Georges Castex
t.II, p. 488 La Femme abandonnée : PÆTE, NON DOLET!
note (Madeleine Ambrière-Fargeaud) p. 1404 : « les éditions donnent par erreur Poete au lieu de Paete. »
Libellés : Arria, Caecina Paetus, Cæcina Pætus, Montaigne, Paete non dolet, Pline
Libellés : Exemplaire de Bordeaux, Montaigne